À travers Aotearoa, le nom maori de la Nouvelle-Zélande, le Nouvel An est célébré sous un ciel différent d'un endroit à l'autre. Les maunga, ou montagnes, peuvent influencer la visibilité au-dessus de l'horizon. Pour certains iwi, communautés liées par des ancêtres et un territoire communs, Puanga marque le début de l'année. L'astronomie occidentale nomme cette étoile Rigel, la plus brillante de la constellation d'Orion. Matariki est le nom maori de l'amas d'étoiles également appelé les Pléiades, et la célébration du Nouvel An associée à son lever. Te Papa décrit les traditions de Puanga dans certaines régions de l'extrême nord et de l'île du Sud, ainsi qu'à Taranaki et Whanganui. Te Tai Tokerau désigne le nord de l'île du Nord ; Taranaki se situe sur la côte ouest, tandis que Whanganui désigne à la fois un fleuve et les communautés qui y sont liées. Dans les vallées du Whanganui, le relief peut masquer Matariki tout en laissant Puanga visible. Cette distinction est locale ; il ne s'agit pas d'une règle fixe selon laquelle une étoile se lève toujours une semaine avant l'autre.[7][8][9]
Cette variation régionale ne constitue pas un rejet de Matariki, mais une adaptation pratique et spirituelle au territoire. Dans un article de l'Université d'Auckland, Te Kahuratai Moko-Painting s'appuie sur le savoir transmis par les tohunga, des maîtres spirituels, tels que Rereata Makiha. Son récit explique pourquoi certaines iwi d'Aotearoa célèbrent le Nouvel An avec Puanga, tandis que Matariki occupe une place différente dans le ciel et au sein des traditions régionales. [1].

Une généalogie partagée des étoiles
La distinction entre Puanga et Matariki s’inscrit dans une whakapapa, ou généalogie, partagée d’étoiles. Moko-Painting décrit les deux comme des sœurs, avec Puanga comme la sœur aînée et Matariki comme la plus jeune et belle. Un whakataukī traditionnel, un dicton proverbial, résume cette dynamique : « Ko Puanga, ko tōna mahi he toa-whawhai ki ā Matariki ; te take, he tohe kia riro te tau i ā ia. » Cela se traduit par le rôle de Puanga étant de s’entraîner avec Matariki pour devenir la star de l’année.
Ce récit souligne que le choix de l'étoile est ancré dans la visibilité locale et les traditions ancestrales, plutôt que dans un calendrier unique et monolithique. Le professeur Rangi Matamua, présenté dans le récit de 2025 comme conseiller du gouvernement sur la connaissance de Matariki, note que si les étoiles marquant le début du nouvel an maori peuvent varier selon les régions, les thèmes sous-jacents de la cérémonie demeurent constants. Puanga et Matariki célèbrent tous deux un ancien système de mesure du temps luni-solaire. Le thème de 2025 invitait chacun à découvrir ensemble le Nouvel An maori, tout en reconnaissant les communautés qui observent Puanga.

Les rythmes de Maramataka
Au-delà des étoiles spécifiques, le Nouvel An maori est intrinsèquement lié au maramataka, le calendrier lunaire maori. Ayla Hoeta, spécialiste du maramataka, conférencière et doctorante en première année à la Faculté d'ingénierie et de design de l'Université d'Auckland, décrit le maramataka comme une manière d'appréhender le caractère sacré du temps. Il ne s'agit pas simplement d'un calendrier, mais d'un système qui relie les individus aux rythmes de la lune, des étoiles, des marées et du corps.
Hoeta décrit le maramataka comme une manière de porter attention au temps dans la vie quotidienne. Par exemple, la phase de Whiro, la phase sombre marquant le début d'un nouveau cycle lunaire, est associée au rangahau (recherche), au wānanga (discussions profondes), au deuil et à la réflexion. Cette distinction est essentielle : Whiro est souvent associé à l'obscurité, mais il ne faut pas confondre cela avec la négativité. C'est un temps de recueillement et de préparation.

La date de cette fête varie chaque année, étant fixée aux alentours de la levée de Matariki et de la phase de Tangaroa, une période spécifique du cycle lunaire du maramataka. Hoeta souligne que Matariki est un tohu (signe) clé du maramataka, reconnu comme l'événement festif principal et intégré aux politiques publiques. Elle soutient toutefois que cette fête offre l'occasion d'examiner le système plus vaste dans lequel elle s'inscrit, invitant chacun à porter un regard à la fois sur le monde qui l'entoure et sur son propre monde intérieur, et pas seulement sur le ciel.
Pratiques régionales et alimentation
La célébration de Puanga est profondément liée aux systèmes alimentaires locaux et à l'abondance saisonnière. Le whakataukī « Puanga kai rau » souligne l'abondance des récoltes associées à cette période. Ce lien est illustré de façon frappante par le kererū (pigeon de Nouvelle-Zélande). Pendant la saison de Puanga, les kererū sont engraissés après avoir consommé les baies de miro et de tawa, arbres indigènes. La fermentation de l'importante quantité de baies dans leur estomac provoque une sorte d'ivresse et les rend faciles à attraper. C'est pourquoi le kererū était un mets de choix lors des célébrations de Puanga, le premier oiseau étant traditionnellement offert aux femmes âgées du whānau, la famille élargie.

Les célébrations de Puanga ne se limitent pas à une seule journée. Elles marquent une période d'environ un mois, voire plus, comprenant au moins deux mois de préparation suivis de deux mois de wānanga (réunions spirituelles). La première nouvelle lune du mois de Pipiri, un mois d'hiver du calendrier maori, est celle où des étoiles comme Puanga, Matariki et Whānui se couchent, offrant ainsi l'occasion de se remémorer l'année écoulée et de se souvenir des êtres chers. Deux semaines plus tard, ces étoiles se lèvent à nouveau à l'est, un moment pour honorer la mémoire des êtres chers disparus et se préparer à la nouvelle année.
La cérémonie de Whāngai
La cérémonie du Whāngai i te Hautapu est une pratique essentielle pour célébrer le lever de Matariki. Elle consiste à offrir de la nourriture aux étoiles en libérant dans le ciel la vapeur d'un repas cuisiné. Avant le lever de Matariki, des aliments spéciaux sont cueillis dans les jardins, les forêts, les rivières et l'océan, puis cuits dans un four en terre ou selon une autre méthode de cuisson. La vapeur qui s'élève vers le ciel nourrit Matariki, symbolisant le lien entre la terre et le monde céleste.

Le guide des cérémonies domestiques de Te Papa suggère de choisir des aliments provenant de différents domaines : la terre, le ciel, l’eau douce et l’océan. Ses exemples les associent à Tipuānuku, Tipuārangi, Waitī et Waitā, étoiles respectivement liées aux aliments de la terre, du ciel, de l’eau douce et de l’océan ; il s’agit d’exemples et non d’une description exhaustive de cet ensemble d’étoiles.
Le guide de Te Papa invite les participants à se rassembler avant le lever du soleil. Après les karakia, prières ou invocations pour Pōhutukawa, l'étoile associée au souvenir des défunts, et l'appel des noms, le pot est ouvert pour l'offrande de vapeur ; les karakia restantes sont ensuite récitées. Cette version plus courte, pratiquée à la maison, est une adaptation d'une cérémonie plus longue.

Connaissances vivantes et communauté
La revitalisation des traditions Matariki et Puanga est un processus vivant, qui allie recherche universitaire et pratique communautaire. Ayla Hoeta a participé à la conception d'une aire de jeux au bord du ruisseau Puhinui à Manukau, dans la région d'Auckland. Elle la décrit comme un moyen d'intégrer les connaissances maramataka aux jeux des enfants et de contribuer à la restauration du site.
Les recherches de Hoeta s’étendent également à l’échelle mondiale, notamment avec un projet en Antarctique explorant comment le mātauranga Māori, le savoir maori, pourrait s’intégrer aux recherches scientifiques et climatiques menées en Antarctique. Elle a rencontré des femmes autochtones qui revitalisent leurs connaissances lunaires à Hawaï, à Ra’iātea et au Canada, et a constaté un point commun : le besoin d’outils pratiques permettant aux communautés autochtones de comprendre les savoirs ancestraux.

La compréhension croissante de Matariki se reflète dans l'opinion publique. Le professeur Matamua souligne que 75 % des Néo-Zélandais perçoivent Matariki comme une occasion de célébrer la culture, le peuple et les récits d'Aotearoa (Nouvelle-Zélande), contre 70 % en 2023. Cette tendance témoigne d'un intérêt grandissant pour Matariki à travers le pays. Des institutions internationales, telles que la NASA et l'Observatoire royal de Greenwich, souhaitent également approfondir leurs connaissances sur Matariki et Puanga.
Alors que les communautés poursuivent la revitalisation de ces traditions, une occasion se présente d'honorer les variations régionales du maramataka et de reconnaître les étoiles qui ont guidé les différentes iwi de diverses manières. Qu'il s'agisse de célébrer Puanga ou Matariki, l'objectif est d'honorer le whakapapa partagé et le savoir vivant qui relie les peuples à la whenua, à la terre et aux étoiles.

Sources et lectures complémentaires
Vue depuis un endroit précis
Une photographie du ciel ne révèle qu'un seul objet, mais une célébration régionale ne se résume pas à cette image. La distinction entre Matariki et Puanga tient aussi aux objets du regard et aux connaissances mobilisées. L'explication de Te Papa met en lumière ces différences régionales.[2] Les images des Pléiades et de Rigel peuvent aider à identifier ces objets célestes, tandis que la signification d'une observance reste propre aux communautés qui la pratiquent.
Cette distinction est importante lorsqu'on partage la tradition avec un public plus large. Une introduction pertinente peut aborder les thèmes communs sans affirmer que chaque iwi suit une seule cérémonie ou interprète les mêmes signes. La spécificité est une forme de respect : elle permet à un récit local de différer d'un résumé national. Le lecteur est invité à se demander quelle pratique est décrite, plutôt que de se fier à une seule figure emblématique pour répondre à toutes les questions.

Sources & further reading
- auckland.ac.nz. Why some iwi acknowledge Puanga instead of Matariki – University of Auckland.
- tepapa.govt.nz. The difference between Puanga and Matariki | Te Papa.
- matariki.com. Matariki News | Puanga to be star of Matariki 2025.
- matariki.twoa.ac.nz. Matariki Celebrations – Matariki.
- auckland.ac.nz. Ayla Hoeta: Matariki and maramataka – University of Auckland.
- tepapa.govt.nz. How to host your own hautapu at home | Te Papa.
- Te Papa: Astronomers explain Puanga and Matariki.
- Te Aka Māori Dictionary: maunga.
- Te Aka Māori Dictionary: iwi.


